samedi 31 août 2013

Conte du mois d'août


Jeannot Lapin a mis sa salopette du dimanche, celle qui est rayée rouge et vert, où sa petite queue blanche ébouriffée fait le plus bel effet. Après son petit déjeuner (chocolat crémeux, brioche grillée, confiture de framboise maison), il a eu droit à sa cuiller de sirop d’edelweiss. C’est le fortifiant que Môman fabrique spécialement pour lui, son lapinou chéri. « Viens prendre ton sirop, mon biquet ! ». Môman a toujours été mauvaise en zoologie, c’est son seul défaut.
Jeannot Lapin est le petit dernier d’une grande fratrie, celui qu’elle s’est jurée de garder avec elle, pour elle. Il est son lapinou sacrificiel. Mais elle a tant de tendre sollicitude pour lui, qu’il n’imagine pas remplacer le sirop d’edelweiss par une bonne rasade de génépi.
Hier, pourtant, ça a été plus fort que lui. Il s’est débrouillé pour monter sur le rebord de la fenêtre, humer l’air pur de la montagne et du grand large. Il n’imaginait pas sauter, non ! Mais Môman l’a surpris là, et s’est tout à coup transmuée en Merdragon, sorcière hurlante, ogresse menaçante, cannibale terrifiante. Il en a fait des cauchemars toute la nuit. « Ah, mon minou, tu crois que dehors, il y a des prairies vertes et fleuries, des oiseaux qui chantent, des torrents frais, des plages de sable fin … Foutaises !! Bonnes pour attirer les gogos sur les dépliants touristiques ! Tu es tellement mieux ici, mon choupinet, avec tes repas à heure fixe, ton linge lavé et repassé, et ta Môman qui t’aime. Plutôt te manger en civet, mon amour, que te laisser manger par un loup ou un ours, dehors ! ».
Et elle lui a montré des photos terribles, où des papas lapins mouraient engloutis par une vague de trente mètres ou écrabouillés par des rochers hauts comme un immeuble.
Jeannot Lapin parviendra-t-il à sortir du confort des griffes et des crocs de Môman ?